COMPTE-RENDU Journée d’études : La chambre et les arts, l’intime au défi – Université Bordeaux Montaigne – 18 février 2020

COMPTE-RENDU Journée d’études : La chambre et les arts, l’intime au défi – Université Bordeaux Montaigne – 18 février 2020

La journée d’études traitait du sujet de la chambre dans l’art contemporain, utilisé dans une réflexion sur la notion d’intimité par des artistes qui représentent ou exposent ce lieu. Il s’agit du fruit d’une collaboration entre le Centre François-Georges Pariset et le CLARE, organisé par Mme. Marie Escorne, maître de conférence en Arts Plastiques à l’Université Bordeaux Montaigne ainsi que Mme. Myriam Métayer, maître de conférence en Histoire de l’Art Contemporain à l’Université Bordeaux Montaigne, ayant pour visée de développer une réflexion transdisciplinaire réunissant à la fois des chercheurs, en histoire de l’art, en esthétique, ou en arts plastiques, et des artistes, menant à un projet d’édition dans une revue. La journée d’étude est divisée en cinq sessions thématiques comprenant une ou plusieurs interventions, et chaque session se conclut par des questions du public.

M. Laurent Houssais adresse les remerciements, puis M. Pierre Sauvanet effectue une présentation générale. Mmes. Marie Escorne et Myriam Métayer font ensuite une courte introduction.

La première session est intitulée « Imaginaires de la chambre ». C’est d’abord Mme. Biliana Vassileva, maître de conférence en Danse, CEAC Université de Lille, qui intervient à propos de « La Chambre au Féminin – Repli ou éclosion ? ». Il s’agit d’une réflexion à partir de son propre travail de recherche-création, Drifting, consiste en des improvisations dansées dans un contexte éphémère, au départ dans des espaces naturels ou urbains mais dont quelques-unes sont situées à l’intérieur de chambres.

M. Julien Béziat, auteur-illustrateur jeunesse et maître de conférences à l’Université Bordeaux Montaigne rattaché au CLARE effectue l’intervention suivante sur le thème des « Chambres d’Albums ». Il développe une réflexion sur le motif de la chambre dans les albums pour enfants à partir de Max et les Maximonstres (1963) de Maurice Sendak, qui a défini ce lieu comme à la fois un motif de représentations, un espace et un lieu de potentialités.

Capture d'écran d'une performance filmée du projet Drifting
Illustration de Maurice Sendak pour son album Max et les Maximonstres

La deuxième session porte sur le thème de « La Chambre comme Espace Transgressif ». Elle commence par Giuliana Prucca, commissaire d’exposition indépendante et chercheuse, qui intervient à propos de « L’Exposition d’Antoine d’Agata sur la scène de la chambre ». Chez cet artiste, la chambre est le lieu où l’on cache ce que la société ne veut pas voir. Son œuvre cherche à explorer une tentative de communion des corps, qui semble impossible dans la réalisation finale.

Ensuite, Thomas Smith, photographe et doctorant en art rattaché au CLARE, présente une intervention qui traite du sujet suivant : « Regard sur la photographie de la chambre : un itinéraire érotique et transgressif ». Il s’agit d’une réflexion à partir de son propre travail, qui questionne les notions mêmes de chambre et d’espace intime.

Lors du moment des questions, on a demandé à Mme. Prucca dans quelle mesure le travail d’Antoine d’Agata était transgressif. Elle a alors répondu que le photographe procède d’une double transgression, en premier lieu par l’exposition de corps marginaux, mais aussi en établissant un parallèle entre l’exploitation des corps des travailleurs la journée et ceux des travailleurs du sexe la nuit.

série Hôtel, Thomas Smith.

La troisième session, elle, porte sur « Chambre et filiation ». Elle consiste en la projection du court métrage La Chambre (2019) de Latifa Saïd. Ce film raconte l’histoire d’une femme devant vider la chambre de son père, jusque-là inconnu, après son décès. Celui-ci, algérien, vivait dans un foyer de travail en banlieue parisienne.

Lors des questions, la réalisatrice explique que pour filmer un huis-clos dans une chambre étroite, elle a filmé séparément chaque coin, ce qui donne une impression de morcellement qui reflète l’histoire morcelée du père.

Latifa Saïd, La chambre (2018). Saudade Productions.

La quatrième session interroge les liens entre la chambre dans l’art et l’espace public, et s’intitule « Exposer la chambre ». En premier lieu, Mme. Barbara Bourchenin, professeure agrégée d’Arts Plastiques, effectue une intervention à propos de « L’intime mémoire chez Rachel Whiteread, Une chambre à soi ». Par le moulage d’intérieurs, l’artiste développe une réflexion sur la mémoire et l’affect. Quand elle utilise le motif du matelas, il renvoie plutôt à une déchéance sociale qu’à un espace confortable, faisant écho aux années Thatcher en Angleterre.

En second lieu, Mme. Carole Tron-Carroz, professeur à l’ESA Cambrai, présente « Exposer l’intime : La chambre au contact du musée », à propos des chambres chez l’artiste Dominique Gonzalez-Foerster. Chez elle, la chambre engendre un ennui nécessaire, un refuge pour la pensée. Avec l’exposition de chambres d’adolescents ou d’adultes elle renverse la distinction entre espace social et espace privé, la chambre devenant une constituante de l’œuvre.

Rachel Whiteread, Sans titre (Room 101), 2003.
Dominique Gonzalez-Foerster, RWF (chambre), 1993, installation.

La cinquième et dernière session est intitulée « Performer la chambre », et comporte une seule intervention, une « confermance » (conférence-performance) du duo artistique The Two Gullivers : « INCUBATOR : Le rôle de la chambre à coucher dans une pratique de performance collaborative ». Les artistes parlent depuis sous la table où s’assoient habituellement les intervenants, se déshabillant peu à peu en posant leurs vêtements progressivement sur la table. Ils utilisent un diaporama comme support visuel, pour parler de leur pratique de performance en couple, mais aussi avec leurs enfants.

The Two Gullivers, BAUHAUS, 2009, performance d'une semaine à la galerie Artspace (Ontario).

Enfin, Mme. Marie Escorne clôt la journée d’étude en adressant des remerciements, en synthétisant la journée, qui a permis de développer des propositions artistiques et théoriques autour de la question de la chambre, qu’elle ne considère pas achevées, et qu’elle envisage comme un point de départ à une éventuelle future publication.

Pour conclure, la journée d’études apporte une réflexion intéressante tout d’abord par son aspect transversal, puisqu’elle résulte d’une collaboration entre un laboratoire d’histoire de l’art et d’arts plastiques, et d’échanges du point de vue de théoriciens, d’artistes et artistes théoriciens. Elle a amené des échanges enrichissants par la diversité des acteurs présents, à la fois chez les intervenants et dans l’assemblée, dont des étudiants en arts plastiques, des étudiants en histoire de l’art, des enseignants-chercheurs à la fois en arts plastiques et histoire de l’art, ou encore des artistes. Parmi ces échanges, une discussion avec Mme. Biliana Vassileva, de l’Université de Lille, a permis avons d’évoquer l’artiste Anna Halprin , dont la démarche est similaire à celle développée dans Drifting : une improvisation dansée dont les gestes sont induits par l’environnement, en particulier dans les épisodes de Drifting en extérieur.

Mme Marie Escorne a évoqué dans la clôture un projet éditorial, le numéro 2 du SAP La chambre vue par les arts, dirigée par le Master 2 de recherches en Arts Plastiques, qui permettra de poursuivre les réflexions entamées durant la journée. Il semblerait intéressant que la publication soit accompagnée d’un cycle de conférences, pour amener plus loin cette collaboration entre le Centre François-Georges Pariset et le CLARE.

Cette journée d’études m’a particulièrement intéressée dans son aspect transdisciplinaire, qui réconcilie mes études en histoire de l’art et ma pratique de l’art, que je fais de manière indépendante, et à la fois qui réunit deux laboratoires de recherche qui n’ont pas pour habitude de collaborer. En second lieu, le sujet de la journée d’étude enrichit une réflexion sur l’espace occupé par les corps, en particulier le corps marginalisé, ici développé dans l’espace intérieur la plupart du temps.

Documentation consultatble durant la journée d'études (Photographies personnelles)

BIBLIOGRAPHIE

Virginia Woolf, Une chambre à soi, 1929.

Paris, Monnaie de Paris, 2017 : Women House. Paris : 11 Conti Monnaie de Paris, 2017.     

Thomas Smith, site professionnel. En ligne : https://www.tomas-smith.com/hot#0

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