Ecologies queer

Ecologies queer

Avant propos

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Dans la continuité du concept d’écoféminisme1 développé dans les années 1970, dans lequel on met en avant les liens entre l’exploitation de la nature et l’exploitation de la femme s’est développé le mouvement d’écologie queer ou d’écoféminisme queer, selon le terme utilisé par Greta Gaard dans son article “Towards a Queer Ecofeminism” en 1997. Dans celui-ci, Greta Gaard fait un lien entre les mouvements sociaux pour les droits des femmes, écologistes, de travailleurs, et LGBTI qui ont en commun une volonté de libération.

L’amour de la nature est le processus de prise de conscience et de déconstruction d’idéologies de racisme, de sexisme, d’hétérosexisme et de validisme pour que l’on puisse cesser de réduire notre idée de nature à une “mère” sombre et hétérosexuelle”

Chaia Heller, 1993.

On voit l'artiste Ayesha Ta, Jones, vêtu.e avec une capuche, au milieu d'un champ d'herbe, levant le bras au dessus de sa tête. Son corps est recouvert de boue.
Ayesha Tan Jones, YEARN2DREAM, 2021. Performance à la Two Tree Island, sur l'estuaire du Thames dans l'Essex. Méditation durant laquelle l'artiste incarne la boue de l'estuaire. Source : Page Instagram de l'artiste.
Cet intérêt pour la notion de nature vient de la volonté de la déconstruire. D’ailleurs, qu’entend-t-on réellement par « nature » ? Ce mot ne désigne pas une réalité fixe mais découle d’une construction sociale de ce qui est présupposément primitif ou plus positivement authentique. Cette idée vient d’une vision dichotomique du monde de la culture hétéropatriarcale occidentale, dans laquelle on oppose culture et nature depuis l’époque des Lumières. Cette binarité se retrouve dans l’opposition entre raison/folie, esprit/corps, maître/esclave, humain/nature (le non-humain), civilisé/primitif, production/reproduction, soi/l’autre, sujet/objet, public/privé, normal/déviant, hétérosexuel/non-hétérosexuel, cisgenre/transgenre, valide/handicapé, blanc/racisé… Dans le simple fait d’exister, les personnes LGBTI mettent à mal ces catégories. Dans ce dualisme occidental, les groupes « proches de la nature » sont dévalorisés, comme les femmes, car considérés comme irrationnels, ce qui justifie leur oppression (oppression qui est donc pour leur bien). Les sexualités et identités queer ont été mises au ban de la société et pathologisées car considérées comme « contre-nature » par l’ordre hétéro-patriarcale, ce dès le XVIIe siècle durant lequel « l’activité homosexuelle » (sigh) est considérée comme un « crime contre la nature ». A la Fin du XIXe en occident la dichotomie entre la normalité incarnée par l’hétérosexualité cisgenre et la déviance queer se cristallise autour du développement de la sexologie. Durant cette période se développe une pathologisation des identités et pratiques LGBTI, autour de l’idée que tout ce qui sort de la vision patriarcale de la binarité de genre est une déviance devant être corrigée. Cette idéologie sera imposée avec la colonisation, notamment aux Etats-Unis où les colons décrivent des « luxures contre-natures d’hommes avec des hommes, ou de femmes avec des femmes ». Les cultures autochtones qui originairement respectaient voire célébraient des identités de genres hors de la binarité homme/femme ou une sexualité non-hétérosexuelle sont sévèrement réprimés par l’appareil colonial occidental2.
Devant un bâtiment jaune avec des arches, ALOK, une personne non-binaire et sud-asiatique se tient debout. Ses mains sont posées fermement sur ses hanches. Coiffé.e avec un chignon, iel porte un haut coloré et un short rose clair. Iel regarde droit vers l'objectif.
Autoportrait photographique de ALOK, 2017. Source : Instagram de l'artiste.

« (…) J’ai passé la première partie de ma vie en vivant un fantasme de ce que les autres voulaient que je sois. J’ai confondu le fait de me désensibiliser avec le fait d’avoir une personnalité. J’ai failli en mourir. J’ai commencé à écrire à propos de la douleur et c’est devenu autre chose. En regardant de suffisamment près, rien ne stagne dans le monde. Comme le vent, comme l’eau, comme les saisons, de même je suis en mouvement. Je me suis réécrit.e.

La métamorphose est une homéostasie. Par un tour d’alchimie j’ai changé la haine de soi en beauté radiante, le deuil en gratitude, la peur en pardon. J’ai embrassé mon enchevêtrement d’organes, de muscles et de rêves. J’ai décidé de ne plus jamais compromettre mon authenticité pour du confort. »3

-Alok, publication Instagram du 18 février 2021

Comme le.a performeur.se et écrivain.e ALOK, de nombreux.ses artistes LGBTI actuels développent des œuvres en lien avec un principe de lien entre leur identité queer et la nature, comme Annie Sprinkle, Laurence Philomene, ou Ayesha Tan Jones. Cet article introduit un cycle présentant le travail de créateur.ices s’intéressant à ces thématiques. N’hésitez pas à vous abonner à la newletter de Hiatus pour être tenu.es au courant.

A venir dans le cycle éco queer : entretien avec Jules of the Forest, article sur l’eco-sexe, et d’autres…

On voit une peinture sur toile en format carré. Elle représente un perroquet vert sur une branche. Sous ce perroquet est écrit en typo tordue "Nature is queer". Le tout est sur un fond rose.
Char Bataille, Nature is queer, 2018. Peinture réalisée pour la vitrine de Citizen Vintage.

1 A propos de ce terme, voir mon article « Qu’est-ce que l’écoféminisme? ». URL : <https://hiatus-art.com/quest-ce-que-lecofeminisme/ >

2 A ce sujet, voir les publications de ALOK sur Instagram, dont le compte @front_transfem a proposé une traduction en français, et la vidéo sur la non-binarité de la chaîne youtube de XY media.

3 Traduction personnelle depuis l’anglais.

BIBLIOGRAPHIE

Michel Foucault, Histoire de la sexualité, Paris, Gallimard, 1976 à 1984 (trois tomes).

Greta Gaard, « Towards a Queer Ecofeminism », Hypatia, vol.12, 1, 1997.

Chaia Heller, « For the love of nature : Ecology and the cult of the romantic », in Greta Gaard (dir.), Ecofeminism : Women, animals, Nature, Philadelphia, Temple University Press.

Catriona Mortimer-Sandilands, Bruce Erickson (ed.), Queer Ecologies : Sex, Nature, Politics, Desire. Bloomington, Indiana University Press, 2010.

Jules of the forest, Queer’In Nature #1 (fanzine)

https://queerecology.org/ECOCORE-The-Queer-Issue

 

L’image illustrant cet article est une photographie de « We keep growing queerer », une broderie réalisée en janvier 2020 par moi-même dans le cadre de mon projet artistique Bribri. Tous droits réservés.

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