Exposition : Carolee Schneemann. Livres, publications, textes documents – Bibliothèque des Abattoirs, Toulouse.

Exposition : Carolee Schneemann. Livres, publications, textes documents – Bibliothèque des Abattoirs, Toulouse.

Carolee Schneemann (1939-2019) est une artiste états-unienne multidisciplinaire, puisqu’elle a produit à la fois des peintures, des films expérimentaux, des photographies, des textes et des installations, mais c’est surtout pour son travail de performance qu’elle est connue. Elle explore les thèmes du féminisme, du tabou, de la sexualité et du corps. Elle a par ailleurs enseigné dans de nombreuses institutions, faisant partie des premières femmes professeur d’art, et publié de nombreux textes de son vivant.

Les Abattoirs, le Frac Occitanie à Toulouse, rend hommage à l’artiste Carolee Schneemann avec une exposition, Livres, publications, textes et documents à la Bibliothèque du Frac, co-produite avec le Centre du livre d’artistes de Saint-Yrieix-la-Perche, et avec la présentation de l’installation Precarious (2009), appartenant à la Collection des Abattoirs.

Cette exposition a pour but principal de mettre en avant une partie du travail de Carolee Schneemann moins connue, son travail textuel. Pour ce faire, sont exposés ses écrits de nature diverse, puisqu’on y voit à la fois des textes critiques, des partitions de performances, ou des extraits de son journal. Si les textes sont au cœur de l’exposition, ils sont également accompagnés par des compositions sonores de l’artistes, qui accompagnaient certaines de ses performances, une vidéo de sa performance Meat Joy et des collages produits par l’artiste, ainsi que des livres de la collection du musée dont des monographies sur Schneemann ou des livres sur le thème de la performance. Cela permet d’envisager ses productions textuelles au sein de son œuvre en général, mais aussi en regard de l’histoire de la performance et des autres artistes new yorkais des années 1960-70, ou écrivains de la Beat Generation, qui formaient l’environnement de ses œuvres dans le contexte de l’art conceptuel américain qui touchait des mediums très divers.

Carolee Schneemann, "Parts of a Body House". Texte. In : Wolf Vostell & Dick Higgins. Fantastic Architecture, [New York] : Something Else Press, 1969.

Cette exposition se distingue en effet des nombreuses autres préexistantes à propos de l’artiste par le choix de centrer le propos autour du travail écrit de celle-ci, alors qu’on présente en général ses performances sous la forme de vidéos ou de photographies. Cela est particulièrement pertinent en raison du lieu d’exposition, une bibliothèque, qui se prête bien à l’exposition d’archives dont des ouvrages, ou des revues. On se détache donc ici d’un propos concentré sur l’aspect revendicatif de son œuvre, et corporel, puisque Carolee Schneemann, est, à raison, connue comme une artiste emblématique de l’art corporel féministe des années 1960-70, notamment au travers de ses performances Interior Scroll et Meat Joy qui sont évidemment visuellement marquantes. Ici, on met plutôt en avant l’aspect conceptuel, théorique et réflexif de son travail, même si l’on présente également des images, ce qui permet d’envisager l’artiste dans ses diverses facettes, plutôt que de réduire son travail à l’effet de ses performances. Ce n’est pas la seule exposition qui cherche à présenter cette artiste sous un nouveau jour, puisque d’autres s’inscrivent dans la volonté de mettre en avant la diversité et la richesse de son travail, comme notamment celle présentée dans la Galerie Michèle Didier qui expose uniquement son travail pictural du 13 sept au 9 novembre 2019. L’exposition de la bibliothèque des Abattoirs s’inscrit dans cette volonté de faire connaître la pluridisciplinarité de l’artiste en mettant en avant un aspect moins connu de son œuvre.

Vue de l'exposition (photographie personnelle)

Pour accomplir cette volonté, l’exposition nous propose un parcours de visite commençant par une œuvre sonore, Mother Lexicon de Carolee Schneemann, Larry Miller, Laurence Warshaw, et Mark Daniels qui nous permet d’avoir la sensation d’une immersion dans son travail textuel. Ensuite, le visiteur passe devant Parts of a body house, 1969 de Scheemann, un photomontage à partir d’une photo de l’artiste et d’un de ses textes, qui donne à voir le lien entre son corps et son écriture. La pièce centrale de l’exposition présente de nombreuses archives dont des textes théoriques publiés dans des revues, des partitions de performances, des invitations à des happenings, des tracts, des œuvres d’art utilisant le texte et la photographie comme ABC-TOUT S’IMPRIME-DANS LES CARTES (1977), qui couvre un mur entier. Dans la salle suivante, une vidéo de Meat Joy est diffusée avec le son, puisque cette performance était accompagnée de la voix de l’artiste, montrant encore une fois le lien entre son œuvre textuelle et performative, d’autres archives textuelles dont des couvertures de revues crées par l’artiste, des textes illustrées, et des ouvrages monographiques sur l’artiste faisant partie du catalogue de la bibliothèque dont Carolee Schneemann Uncollected Texts. Dans la dernière salle sont exposées deux estampes de l’artiste, Dinner Party et The Men Cooperate, ainsi que de nombreuses archives photographiques et des collages de l’artiste, et des livres de la collection de la bibliothèque dont quelques monographies, mais aussi des ouvrages thématiques comme le catalogue d’exposition Animal. Anima. Animus.(1999) et The Concrete Body (2016).

     Le parcours de visite de l’exposition est assez pertinent puisqu’il permet à la fois la mise en perspective de l’œuvre de Carolee Schneemann en regard du contexte de Fluxus et de l’art conceptuel états-unien des années 1960-70, et à la fois de bien situer son œuvre textuelle par rapport à sa production en général, comme étant un médium comme étant inscrit dans une œuvre pluridisciplinaire et non pas un simple exercice théorique sur son œuvre, ou un exercice préparatoire. La scénographie permettant aussi de présenter ses textes en lien avec ses photographies, ses performances, et son travail sonore, ce qui permet également une visite plus riche et pas uniquement concentrée sur la lecture, ou l’observation d’archives purement textuelles, ce qui aurait été moins accessible. Si la bibliothèque ne dispose pas d’un espace immense, elle a su le compartimenter clairement pour que la visite se fasse sans confusion : les archives sont dans la salle centrale et dans les deux autres salles mais toujours dans l’allée centrale de celles-ci, sur les étagères les livres de la bibliothèque sont exposés et sur les murs de chaque salle les œuvres non exclusivement textuelles dont des vidéos, estampes, photomontages. De plus, certaines archives ont été photocopiées pour pouvoir feuilleter certains textes, ce qui est plus agréable que de les regarder au travers d’une vitre.

            Si l’exposition est globalement une réussite, il y a quelques défauts mineurs qu’on peut souligner. Certaines archives sont exposées derrière des tables de lecture, ce qui rend difficile la circulation du visiteur, qui doit parfois bousculer des lecteurs pour y accéder. De plus, l’exposition est très dense, par le nombre important d’archives exposées, ce qui rend difficile d’appréhender chaque texte de manière assez approfondie, et ce qui peut générer une certaine frustration. Si certaines archives ont été photocopiées, les photocopies ne reprenaient pas toujours la mise en page de l’original, ce qui aurait été plus intéressant, notamment avec des jeux de pliages, ou d’une meilleure prise en compte de l’ergonomie, puisqu’en fait il s’agit de simples photocopies assemblées avec une agraphe au coin.

"Up to and including her limits", in revue Wallpaper 5 & 6, New York et Londres, éditeur Richard Bernas, Susan Bonvin, David Coxhead, Andrew Eden, Susan Hiller, Anthony Howell, Anthony Mc Call, Richard Quarell, Amikam Toren, John Welch. Juin 1976. Coll : Cdla, inv. n° 128 19.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *