François Pugnière, « De l’Instrumentarium au Muséum. Le cabinet de Jean-François Séguier (1703-1784) »

François Pugnière, « De l’Instrumentarium au Muséum. Le cabinet de Jean-François Séguier (1703-1784) »

L’article de François Pugnière cherche à démontrer les caractéristiques propres du cabinet de Jean-François Séguier, à étudier son évolution, ainsi que son rôle dans la constitution d’un Muséum à Nîmes au XVIIIe siècle. Les sources principales de l’auteur sont les nombreuses descriptions contemporaines du cabinet, l’ouvrage sur les carnets de Jean-François Séguier d’Emmanuelle Chapron 1, ainsi que l’étude de sa scénographie. Les conclusions principales de l’article sont que Séguier a mis en place un cabinet humaniste moderne, dont les spécificités sont dues à la fois à ses voyages, son réseau de sociabilité et son esprit scientifique. L’auteur de l’article est un docteur en histoire, qui a déjà étudié le thème de la collection et du commerce dans la région méridionale2 ainsi que la figure de Jean-François Séguier3. Son article est publié au sein du numéro 26 de la revue Liame en 2016, coordonné par Pierre-Yves Lacour, qui traite du thème des collections méridionales entre le XVIe et le XVIIIe s.
Jean François Séguier Pastel de P.-M. Barat, portrait commandé par les académiciens nîmois en 1778, pour remercier Séguier du don de ses collections.

Le caractère remarquable du cabinet se trouve plutôt dans sa constitution et la méthodologie de son étude, comme le montre l’inventaire des collections qui comprend peu d’objets hors normes. L’auteur s’appuie sur l’étude des voyages de Séguier et de sa correspondance, afin de mettre en avant son réseau de sociabilité ainsi que les diverses influences qui l’ont amené à ses choix dans sa méthode, et enfin de la monstration de la collection à partir de la disposition du cabinet de Séguier.

L’article suit un plan chronologique qui met en exergue l’évolution de la collection de Séguier au cours du temps.

En premier lieu, l’auteur fait une courte introduction qui présente le cabinet, et sa place qui est n’est pas des moindres parmi les cabinets méridionaux, notamment à partir des descriptions élogieuses[1]. François Pugnière place ensuite le sujet dans son historiographie. Dans la première partie de son développement, l’auteur détaille la constitution des collections des débuts jusqu’au retour à Nîmes de Séguier en 1755. Entre les années 1720 et 1730, Séguier fait ses premiers relevés épigraphiques, son premier recueil d’inscriptions et commence à étudier la botanique. Il rencontre le marquis Scipione Maffei en 1732, qu’il accompagne ensuite dans un grand voyage européen passant par Paris, où Séguier monte un premier cabinet, puis l’Angleterre et le Saint-Empire, pour rejoindre Vienne où ils séjournent plus d’un mois en 1736. Ils rejoignent enfin Venise et puis Vérone où Séguier constitue un second cabinet dans le Palazzo Maffeiano. La connaissance des plus grands cabinets de son époque a influencé Séguier, qui mêle travail intellectuel et possession de l’objet, perçu à travers le concept de « suite » qui privilégie la cohérence et la volonté d’exhaustivité.

Giovanni Marco Pitteri, Portrait de Scipione Maffei, 1712-1786, gravure, 24.5 cm × 18, Rijskmuseum.
Dans la partie suivante, l’auteur étudie la collection à partir du retour de Séguier à Nîmes en 1755, qui s’enrichit et se diversifie. Il maintient des liens avec des milieux savants grâce à ses correspondances, désormais davantage à l’intérieur du Royaume de France. François Pugnière met ensuite en avant la méthode de Séguier, notamment en minéralogie, avec une étude comparative sur la structure des roches volcaniques à partir des échantillons de sa collection, ainsi qu’en botanique avec son herbier. Séguier s’affirme ensuite en tant qu’antiquaire et numismate : sa publication de Dissertation sur l’inscription de la Maison Carrée en 1759, ainsi que son Index absolutissimus entamé depuis 1732 et très avancé en 1755, assoient son autorité dans le monde savant, qui est couronnée par sa réception à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres comme associé libre en 1772. Il rassemble le gros de son cabinet d’antiques, privilégiant l’élément local, dont des inscriptions provenant de Nîmes et ses alentours. Par ailleurs il semble s’intéresser moins à des objets antiques rares qu’à des objets ordinaires témoignant de la vie quotidienne.4

Ensuite, l’auteur analyse la constitution et l’évolution du Muséum de Nîmes jusqu’à sa dissolution. Malgré sa participation au projet d’établissement de Scipione Maffei, ce n’est finalement qu’à la fin des années 1760 qu’émerge chez Séguier la volonté de mettre en scène son propre cabinet. Il fait construire un hôtel et aménage un jardin autour de celui-ci, y plaçant ses collections, prêtes à être montrées à ses visiteurs dès le début de l’année 1773.

L'Hôtel Séguier à Nîmes. Crédits photographiques : François Pugnière.

L’auteur analyse ensuite la scénographie du cabinet ainsi que les montages et dispositifs utilisés dans les années 1760-1770. Le cabinet était un lieu privilégié d’échanges savants. La visite du cabinet se prolongeait souvent par une visite « expliquée » par Séguier des monuments antiques de Nîmes. En 1778, Séguier cède ses collections à l’Académie Royale de Nîmes à la condition qu’elles soient accessibles au public, condition respectée à partir de 1786. Le Muséum est dissout en 1793 en raison de la confiscation des collections suivant la suppression des Académies. Les collections sont ensuite dispersées, entre le Musée Marie-Thérèse, établi en 1823, pour la majeure partie des objets, les fonds des musées archéologiques et d’histoire naturelle en 1894, et la bibliothèque publique de la ville.

Organisation du cabinet de Jean-François Séguier vers 1775. Crédits : François Pugnière.
Médailler de Jean-François Séguier. Source : François Pugnière.

Enfin, la conclusion générale de l’article insiste sur les spécificités du cabinet. Il associait, dans la tradition humaniste, histoire naturelle et étude de l’antiquité, mais se différencie par la méthode scientifique de Séguier ainsi que son réseau, et sa volonté de rendre accessible la collection au public.

Les nouveautés apportées par cet article sont qu’il constitue une étude globale du cabinet et de sa collection de sa constitution jusqu’à la dissolution du Muséum, ainsi qu’une étude du réseau savant européen.

1. CHAPRON Emmanuelle, L’Europe à Nîmes : les carnets de Jean-François Séguier, Avignon, Barthelémy, 2008, 207 p.

2. PUGNIERE François, « Commerce du livre et République des lettres à Nîmes au siècle des Lumières », in Daniel Roche, La République des Lettres dans le Midi rhodanien (Arles, Avignon, Beaucaire, Nîmes). Sociabilités savantes et réseaux de diffusion des savoirs au siècle des Lumières, 2014 ; PUGNIERE François, KRINGS Véronique, « Antiquaires et antiquités au siècle des Lumières », in Nîmes et ses antiquités : un passé présent (XVIe-XIXe siècle), 2013.

3. AUDISIO Gabriel et PUGNIERE François, Jean-François Séguier (1703-1784). Un Nîmois dans l’Europe des Lumières, Aix, Edisud, 2005, 280 p ; François Pugnière participe également au projet pour une édition électronique de la correspondance de Jean-François Séguier et répertoire de ses visiteurs en 2010.

4. Il compose notamment une Dissertation sur les cheminées des Anciens en 1759, s’appuyant sur des objets de sa possession ou qu’il a observés et dessinés.

Bibliographie

 

CHAPRON Emmanuelle, «Papiers Séguier-Nîmes. », Archives en bibliothèques. Des papiers entre les livres [En ligne], 6 mai 2018. URL : https://archivbib.hypotheses.org/44.

CHRISTOL Michel. “Le projet épigraphique de Jean-François Séguier : fondements, réalisation, portée (1703-1784)”. Briquel, Dominique. Écriture et transmission des savoirs de l’Antiquité à nos jours. Paris : Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2020.

MOSELE Elio, Un accademico francese del Settecento e la sua biblioteca. Jean-François Séguier, 1703-1784, Vérone, Libreria Universitaria Editrice, 1981, 106 p.

PUGNIERE François, « De l’Instrumentarium au Muséum. Le cabinet de Jean-François Séguier (1703-1784)  »Liame [En ligne], 26 | 2016. URL : http://journals.openedition.org/liame/523.

PUGNIERE François, « Récits de voyage et construction des savoirs antiquaires : le cas Jean-François Séguier (1732-1739) »Anabases, 14 | 2011, 230-237. URL : http://journals.openedition.org/anabases/2346.

ROCHE Daniel, « Correspondants et visiteurs de Jean-François Séguier », in Elio Mosele (dir), Un accademico dei Lumi fra due città : Verona e Nîmes, Vérone, Università degli Studi di Verona, 1987, p. 33-49.

Comité International Séguier. Ecritures savantes au siècles des Lumières, La correspondance et les carnets de visiteurs de Jean-François Séguier [en ligne].<https://www.seguier.org/>

 

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